LUMIÈRE SUR le service EPCH

Le service EPCH (Evaluation Pour la Compensation du Handicap) des PEP 06 remplit une mission d’intérêt général, d’expertise et d’évaluation des besoins en compensation des personnes en situation de handicap moteur et/ou visuel, dans les Bouches-du-Rhône, les Alpes-Maritimes et le Var. Pour plus d’informations, je suis allée à la rencontre de Marie Poncet et Magali Edwards.

Morgane Méplomb : Qui êtes-vous et que faites-vous ?

Marie Poncet : Je suis Marie Poncet, je suis ergothérapeute et j’ai une maîtrise en ergonomie, santé et sécurité au travail. Je suis sur le service EPCH depuis septembre 2012. […]

Magali Edwards : Moi c’est Magali Edwards, ergothérapeute. J’ai réintégré le service en juin 2017. Je l’avais quitté parce que je suis allée travailler à l’IEM Rossetti pendant 5 ans… […] Depuis que je suis arrivée ici, j’ai pu bénéficier d’une formation. J’ai fait un diplôme universitaire management ergonomique des postes de travail. Ça donne un titre de consultante ergonome.

M.P. : […] On intervient à différents stades du parcours professionnel d’une personne qui est reconnue travailleur handicapé. […] Aussi bien dans la recherche du projet professionnel, dans la validation d’un projet professionnel, dans le maintien en emploi dans une situation de travail identifiée, dans un projet de reconversion ou dans un projet de formation ou de reclassement, même en interne sur un autre poste. […]

M.E. : On va commencer par une évaluation des capacités fonctionnelles de la personne pour vraiment rechercher les possibilités et les limitations de la personne. Au niveau de ses habitudes, au niveau de ses tolérances, au niveau de sa fatigabilité.

M.P. : […] On « prend une photo » de la personne à un instant T avec ses possibilités, ce qu’elle a mis en place comme stratégie d’adaptation, comment elle gère son handicap, comment elle l’accepte… […] On l’évalue dans un environnement […] Ensuite, on a différents types d’aménagement. Aménagement technique, ça va être des lampes, des souris, des loupes… Ça   peut être organisationnel : adapter les horaires, par exemple. Si la personne a besoin le matin d’un certain temps pour se mettre en route, pour se préparer… plutôt que de lui demander de commencer à 7h30, elle va commencer à 9h, pour qu’elle ait le temps de se préparer sans se lever à 4h du matin. […] Et l’aide humaine, c’est : soit elle vient avec la personne sur son poste pour faire le travail avec elle, soit elle prend une partie du travail. Ça peut être quelqu’un qui est déjà en interne. […]

M.M. : Vous ne travaillez que sur prescription, qu’est-ce qu’elle vous dit ?

M.E. : La prescription nous dit de qui elle vient, le prescripteur, le nom de la personne, si elle est en poste, si elle est en formation… Quelle déficience : motrice ou visuelle, handicap associé. On ne sait pas automatiquement lesquels mais il peut y en avoir. Il y a un descriptif de la personne […] Ensuite, on contacte la personne pour un premier RDV. La rencontre peut se faire, soit sur notre site, si la personne n’est pas trop loin, au domicile de la personne, chez le prescripteur ou chez le prestataire si la personne n’est pas en poste. Mais si elle est en poste, ça se fait également sur le poste. […]

M.P. : […] Cet après-midi, je vois une personne qui est en emploi pour une évaluation de capacités. Je la rencontre ici. On va faire le point sur sa situation, par rapport à son poste de travail. On va essayer de déterminer les tâches qui sont problématiques et après j’irais la voir sur son poste, voir si on peut aménager certaines choses. Le rencontre ici est préférée… des fois on a besoin de rencontrer les personnes hors contexte professionnel aussi, pour avoir tous les tenants et les aboutissants pas forcément en lien avec le handicap. Ça peut être en lien avec le contexte professionnel, avec les conflits qu’il peut y avoir … […]

M.E. : La dernière fois, j’avais quelqu’un qui a un problème très important, elle a un œil qui ne se ferme pas complètement, du coup elle a une sécheresse oculaire très importante. A l’extérieur, elle pense à mettre ses gouttes qu’elle doit mettre toutes les heures. Au travail elle ne le fait pas. Elle ne le fait pas parce qu’il y a le travail, elle ne le fait pas par rapport au regard des autres … Et aussi par rapport à l’employeur. Le fait que nous, on le note dans son organisation, elle va pouvoir prendre ce temps pour mettre ses gouttes. […]

M.P. : On peut aussi intervenir sur des situations de rupture. C’est-à-dire qu’il y a un risque que la personne soit licenciée pour inaptitude, elle ne peut plus occuper son poste d’un point de vue médical. S’il y a un conflit qui s’est installé parce qu’il y a une incompréhension de l’employeur par rapport au handicap, on peut intervenir en sensibilisation du collectif ou de la hiérarchie sur le handicap de la personne. On fait des petites sessions, on présente un peu la personne, ses capacités, ses incapacités, comment elle peut compenser et on échange, on fait un débat autour de cette situation pour essayer de faire comprendre le handicap à toutes les personnes. On peut intervenir aussi pour voir si tout a été envisagé au niveau moyens de compensation avant d’envisager un licenciement. Mais il faut qu’on intervienne rapidement. […]

M.E. : Les personnes, quand on va les voir, il y en a qui sont vraiment contentes, mais on va dire que, pour la plupart, elles sont prudentes… elles ont peur. […] Ces personnes peuvent avoir un handicap qui ne se voit pas, on l’appelle le handicap invisible. Et la remarque qu’on a souvent c’est « les gens me voient et ils me disent que j’abuse, que je n’ai rien. » […]

M.M. : Les personnes que vous suivez, vous les suivez combien de temps ?

M.P. : Ça dépend. Il y a des personnes qu’on voit une seule fois. […] Mais ça peut être beaucoup plus long. Une personne qu’on voit 7/8 fois. Mais ce n’est pas le plus courant. […] En théorie, on a 6 mois pour faire une prestation, entre le premier entretien avec la personne et la délivrance du bilan. […] On peut intervenir avec les prescripteurs directement, sur nos situations. […] On peut intervenir aussi avec d’autres prestataires. Nous, on fait la déficience motrice, déficience visuelle. […] Mais il y a la déficience auditive, cognitive, mentale, psychique… […] On peut intervenir aussi avec d’autres ergothérapeutes. Avec les médecins du travail, ça m’est arrivé dans certaines situations. C’est bien parce qu’il y a la partie médicale pour les aptitudes et la partie fonctionnelle avec nous donc c’est intéressant. […]

M.E. : On prend en charge la personne dans sa globalité. […] C’est important ! La personne n’est pas qu’une main ou qu’un bras, c’est une personne !

M.P. : Tu ne peux pas juste regarder une pathologie. […]

M.E. : Ça ne nous intéresse pas, le nom de la pathologie. C’est vraiment la personne. Parce qu’il peut y avoir différentes conséquences en fonction de son environnement, son âge, son caractère. […] Des fois on oublie que le travail ce n’est pas qu’être au bureau. Le travail commence déjà à la maison. Quand la personne va devoir se lever le matin, va devoir s’habiller, va devoir se préparer et aller au travail. Au travail, ce n’est pas qu’être assis derrière son bureau, c’est aussi aller aux toilettes et manger. […] Une première évaluation en général, dure à peu près 2 heures. Ça peut être plus. […]

M.P. : […] Moi, de plus en plus, je fais l’évaluation de capacités sur 2 temps. Les gens … C’est dur pour eux ! Ça les fatigue ! […]

M.E. : Souvent, ils ne pensaient pas que ça serait aussi approfondi. Parce qu’on les fait se mobiliser, on les met en situation… […] Et 2h d’entretien, ça nous fatigue, nous, donc ça les fatigue aussi. Ça peut aussi entraîner du stress. La dernière fois, je suis arrivée, la personne était toute maquillée, elle avait même mis des petits talons. Elle a fini par me dire « Mais vous savez, c’est pour vous que j’ai fait ça ». Elle me dit « Ça fait des années que je ne me suis pas maquillée et des talons, je n’en mets pas, ça me fait mal au dos. » Elle était en stress de nous voir.
C’est dans les deux sens :  Il y a ceux qui peuvent faire et qui disent ne pas pouvoir. « Non, je ne peux pas rester assis », et ça fait 1h30 qu’ils sont assis en face de nous sans bouger.  Et il y a ceux qui ne peuvent pas faire et qui disent pouvoir. On commence à poser des questions, à discuter, et en fin de compte, de parler, ça peut être dur pour eux parce qu’ils se rendent compte qu’ils compensent toute la journée. Et que les difficultés, ils en ont, mais qu’ils ont appris à faire avec. […]

M.M. : C’est compliqué pour vous, personnellement, de voir ces personnes-là ? […]

M.E. : Ce n’est pas compliqué, ce n’est pas le terme que j’utiliserai. C’est sûr que c’est un travail où on ne se dit pas en rentrant le soir, je passe à autre chose. Il y a quand même une trace en nous. Parce qu’on est avec de la douleur, avec des difficultés des gens, avec de la souffrance, et ça, on ne peut pas dire je ferme ma porte quand je pars le soir, c’est fini, ça reste ici. […]

M.P. : Ce n’est pas tant compliqué, des fois c’est frustrant parce qu’on sait qu’on ne pourra pas faire plus. Malheureusement.

M.E. : Ça peut être énervant, fatiguant… Émotionnellement, aussi ! […] Heureusement, on est quand même deux et …

M.P. : On est une équipe soudée !

M.E. : Voilà ! Même si avec nos emplois du temps, on ne se voit pas tout le temps… On peut parler, on peut échanger sur nos situations et ça c’est important.  Travailler seul dans ce service serait compliqué. […] Le fait d’échanger, ça fait retomber la pression.

M.P. : On a de la chance de pouvoir le faire.

M.E. : On s’entend bien. C’est important.

M.P. : C’est très important.

LUMIÈRE SUR les Professeurs d’Activités Physiques Adaptés

Le Centre de Santé spécialisé handicap des PEP 06, met à disposition une équipe médicale et paramédicale spécialisée dans le handicap moteur via différents pôles : Handiconsult06, SOS prothèse et les consultations de Médecine Physique et Réadaptation, de chirurgie orthopédique, de gériatrie, de validation de fauteuil roulant électrique… J’ai voulu en savoir plus sur la rééducation au Centre de Santé. Cette partie est partagée entre le Lokomat (entraînement robotisé à la marche), le Grail (entraînement à la marche avec immersion en réalité virtuelle), l’ArmeoSpring Pediatric (orthèse mécanique pour les membres supérieurs), la kinésithérapie classique et les Activités Physiques Adaptées dites APA. Pour en savoir plus, je suis allée à la rencontre de Léa Calhan, professeur APA depuis mai 2017.

Morgane Méplomb : Quel est ton métier, Léa ?

Léa Calhan : Je travaille en tant que prof APA.

M.M. : Ça veut dire quoi travailler en tant que prof APA ?

L.C. : En tant que professeur d’activités physiques adaptées. En gros, je propose des activités physiques et sportives à des personnes avec des besoins spécifiques. […] En fait ce sont des personnes en situation de handicap. Le handicap ça peut aller de personnes âgées, personnes en situation d’obésité, à des enfants paralysés cérébraux ou … des personnes paraplégiques, des amputés … […] Ici on a un groupe avec des personnes âgées, et on a des enfants qui sont surtout paralysés cérébraux.

M.M. : Qu’est-ce que tu fais, par exemple ?

L.C. : Là je commence, de plus en plus, à avoir de la prise en charge. […] A la base, le plus gros de notre temps de travail c’était les analyses de la marche pour les personnes âgées dans le cadre de la prévention des risques de chute. Jusqu’à maintenant, je dirais 70% de mon temps de travail c’est l’analyse de la marche. […] Ce qui est totalement différent de ce que fait un prof APA « normal ». Normalement, un prof APA fait 100% de prise en charge. Nous, au Centre de Santé, on a surtout de l’analyse de la marche, on nous a formé à ça. Et c’est très intéressant, on apprend beaucoup sur les altérations de la marche qu’on peut retrouver dans nos prises en charge et donc mieux les comprendre et travailler dessus.
On a de plus en plus de patients, pour la prise en charge. Là, tu vois, j’ai au moins 2h de prise en charge par jour. Mais sinon, on se déplace dans les EHPAD. On y va 2 fois par semaine. Et on va faire des analyses de la marche. Et dans le cadre des appels à projets, c’est dans les vallées. La vallée de la Roya, de la Vésubie… […] Dans la vallée de la Vésubie, ils n’ont même pas accès au médecin ! Donc, dans le cadre des appels à projets, on est financés pour ça, pour aller faire des analyses de la marche. On met en place des ateliers pendant 5 à 7 semaines et on présente des personnes de là-bas, des acteurs locaux, pour que ça puisse se pérenniser. On a des bons retours ! Par exemple, dans la Vésubie, […]  on a fait ça dans une salle de sport […], du coup les profs ont ouverts des créneaux gym douce pour les personnes âgées.
[…] On se déplace une à deux fois par semaine. […] Quand on part la matinée, on fait à peu près 30 personnes et si on part la journée, on voit… entre 50 et 60 personnes. Et après, il faut tout traiter sur l’ordinateur et faire les comptes-rendus avec le médecin. […]
Sinon, pour la prise en charge des enfants l’activité varie, je peux faire une séance APA en salle, prendre l’enfant au Lokomat ou bien au Grail.

M.M. : A partir de quel âge tu les prends ?

L.C. : Les enfants ? […] En fait ça tourne autour du Lokomat surtout. Le Lokomat, il y a quand même des minimums et maximums, tu vois. On fait surtout par rapport à la taille du fémur, mais à peu près, on les prend à 4 ans.

M.M. : Oui, avant ils sont trop petits.

L.C. : Ils sont trop petits et ils ne rentrent pas dans le Lokomat. […]

M.M. : Et après, au plus âgé ?

L.C. : Et après, plus âgé… En fait, ça dépend. Moi j’ai des vieux, des petits vieux. Je crois que mon plus âgé, il a 85.

M.M. : Ah oui ! Tu les garde longtemps avec toi !

L.C. : Non, mais après ce n’est pas garder, c’est vraiment deux pôles différents. Il y a le pôle pédiatrie et les séniors.

M.M. : Et tu n’as pas de juste milieu.

L.C. : Ado, on n’en a pas trop. Et, normalement, on ne fait pas l’adulte, on fait surtout de la pédiatrie.

M.M. : Pourquoi ?

L.C. : Parce qu’ici, c’est l’orientation qu’ils ont voulu prendre au Centre de Santé, d’être un centre pédiatrique. On a un petit peu d’adultes, mais surtout sur les consultations, nous on ne les voit pas en rééducation, à part exception. On a surtout des enfants. Après, on va jusqu’aux jeunes adultes…[…] 22,23 ans […]. Et après le sénior, vraiment sénior, plus de 65 ans.

M.M. : Et c’est compliqué de travailler avec ces personnes ? Personnes qui ont un handicap, qui sont malades…

L.C. : Ça dépend sur qui tu tombes. […] En fait c’est compliqué parce que c’est pas du tout homogène. Tu peux tomber sur des cas complètement différents. Là c’est clairement le cas qu’on a eu avec deux enfants. Il n’y a qu’un an d’écart, 5 et 6 ans, et ce sont deux mondes différents. Il y en a une… elle était volontaire, elle bougeait partout, elle était pleine de vie, quoi ! Et la seconde, c’était plutôt, fallait tout lui faire. Deux tempéraments complètement différents. En fait c’est surtout ça, ce n’est pas qu’une histoire de handicap. C’est aussi une histoire de personnalité. […] Après c’est sûr que le handicap doit jouer sur la personnalité. Mais ce n’est pas le handicap qui est difficile, c’est est-ce qu’ils sont volontaires ? […] Et on voit le retour de notre travail directement sur les enfants. L’enfant pleine de vie a fait de très beaux progrès, l’autre c’était plus difficile et du coup tu as l’impression de dépenser énormément d’énergie mais que le patient n’est pas du tout réceptif, tu n’as pas de retour.

M.M. : Merci, Léa. Tu veux ajouter quelque chose ?

L.C. : Je suis très contente de travailler ici, c’est un très bon travail. Je suis contente de venir travailler le matin. […]